18.05.2006

Souvenir d'un rêve prégnant

Extrait de Pour suites et Charmes sans fin
Chronologie des travaux de recherche poétique 1998

23 janvier 1998, minuit 5.
Terre Spirituelle.

Comme si j’avais couru pendant longtemps,
Que j’avais dépassé mon corps,
Outrepassé les droits de ma colonne
A conserver son privilège verticale.

Je courais de tous mes membres.
Mes mains, mes pieds, mes mains,
Et mes cuisses tendues à faire mal.
Toutes mes articulations craquent dans l’air pâle.

Je suis, je deviens, je reviens au fauve,
A l’animal porté, heureux dans le mouvement.
Que je chasse ou m’abuse ou me consterne
A force de contentement morbide ne
M’importe plus, je cours. A chaque foulée
Je deviens immortel et repousse le sol
Et me sens si humain car chaque pas me porte,
Et toutes les portes s’ouvrent,
Ou toutes les herbes plient.
La gueule ouverte, je ne peux plus m’arrêter.
Je parcours le pays sage de mes ancêtres,
Je ronfle et grogne à l’odeur des présences,
Ce que je suis devient terre,
Mon cœur devient rythme
Mon souffle devient chant,
Et j’ai devant moi l’univers tout entier
Que je traverse en pleurant de bonheur.

Laurent Alankin

17.05.2006

Mayday-re

Extrait de Affaires de Sens
Chronologie des travaux de recherche poétique 2001

Quelque part en 2001
à Maïdi G.

Mayday-re

Au moins j’ai tes yeux pour me réapprendre à aimer
Même si je n’ai plus toute ma si jolie tête
D’alouette perchée.
Dis-moi mes songes et mes rivières perdues
Comptes moi les heures où mon sourire s’est tu.
J’ai tes mains pour consoler ma joue
Réapprendre à vivre et sauter à mon cou.
Dis-moi tes songes perdus et le goût de tes hanches
Inutiles.
Au moins j’ai tout cela dans ma tête
Tes yeux, tes seins, tes hanches,
Quand je t’écris de mes trop longues nuits blanches.

Laurent Alankin

Petite souris - 2002

Extrait de "Sans Emploi"
Chronologie des travaux de recherche poétique 2002

Quelque part en 2002

De ma gorge les larmes
Laisser remonter
Pour ne pas suffoquer.
De mon ventre les spasmes
Garder dénoués

Ne pas tendre.

De mes cuisses le charme intact, inviolé,
Peau ferme, tout juste frôlée.
Dans ma gorge, mon ventre, mes cuisses
La promesse de toute ma vie de femme
Qu’on va déchirer pour trois billets.

Là-bas, avec ça, on s’achète une pizza.

Ici, ma vie est à ce prix.
Alors pas de remords, que des sourires
Il paraît que là-bas, les petites filles grandissent
Pour moi, les jours me rapetissent
Petite souris trop visible sous les hommes.

Ne pas rendre.

Ne plus avoir de gorge, de ventre ou de cuisse
Me sentir coupable, de les provoquer
Autrefois, je pleurais pour rien
Maintenant je pleure, pour quelque chose
Je pleure ma jeunesse coupée, mon innocence brûlée.

Quand je regarde un homme

Maintenant je sais comment lui plaire, je sais d’avance ce qui va le faire bander. Ça peut paraître cruel mais je sais ce qui va lui faire cracher ses billets. Parfois je pleure juste pour lui faire plaisir. Il ou Il ou Il quelle importance. Plus ils sont gros plus ils pensent avoir du pouvoir. Et leur sexe, petit machin si difficile à durcir, qui parle si mal à se tirer la langue, puis se retire dans les replis de sa pauvre peau blanche, de l’absence du soleil de son pays. Il doit y avoir si peu de soleil dans ces pays, et si peu d’enfants, qu’ils viennent rosir ici, partout, sauf sur le sexe. Cette pauvre petite chose molle qui va se cacher une fois son méfait accompli. Comme un serpent agressif, incontrôlable, qui cracherait son venin puis redeviendrait couleuvre, pour s’enfuir vite fait. Donne-moi de l’argent. Parle, donne-moi toutes les excuses du monde. Parle-moi d’éducation, mais donne-moi de l’argent, que j’en rigole avec mes amis, après toi. Le blanc m’a dit que je n’étais pas comme les autres boutiques mon cul, qu’il m’emmènerait bien dans son pays pour devenir un vrai papa pour moi. Mais son pays ne comprend rien à l’éducation des enfants et nous serions hors-la loi.

Moi je sais bien ce que les papas font aux vilains enfants comme moi. Ils ouvrent leur ventre pour regarder à l’intérieur. Une fois l’inspection terminée, leur petit sexe flasque retombe, sans voix.

Ici, nous sommes tous des enfants-rois, notre royaume a juste été conquis, mais partout notre couronne scintille et appelle les papas-rois. Parle, donne-moi de l’argent. C’est tellement facile de savoir ce qu’ils veulent. Pleurer, supplier, c’est faire semblant d’exister. Pas de remords, que des sourires
pour la petite souris.

Laurent Alankin

09.05.2006

Pourquoi y revenir sans cesse...

Il est peut être temps que je vous explique pour quelle raison j'avance , le regard irrésistiblement porté en arrière.
Que ce soit mon expérience africaine, le lycée Duruy à Paris, où toutes les personnes qui ont croisé ma route, je reste toujours un peu mélancolique, visitant mes souvenirs comme d'autres revisitent un endroit qu'ils affectionnent.

C'est pour cela que je vous livre le travail poétique rassemblé au cours de ces années. Aussi parce que je n'écris plus de poèmes à propos des gens que je rencontre. Peut être parce qu'il y a une forme d'exploitation des sensations que ces personnes ont fait naître qui me gêne désormais. Cette manière de sanctifier par la prose, une personne, une relation, fait pour le moment partie d'un passé que je me plais à feuilleter, sous votre regard bienveilant.

Vous croiserez au fil de ces pages, les échos des femmes que j'ai croisé, des couples qui m'ont touché, des amis ou professeurs qui m'ont marqué.
Mais au centre de ce tourbillon de souvenirs, il y aura toujours celle qui...
Celle...

Tout me ramène à Laetitia pardonnez moi. Toujours. Depuis plus de dix ans pas un jour ne se passe sans la vibration de son absence. Je sais. Je vous ai parfois perdu à cause de cette obsession. Autant être honnète avec vous. Je ne m'en suis jamais remis. Je fais partie de ces hommes qui ont oublié de récupérer leur coeur au moment où tout s'est terminé. Cela ne m'a pas empêché de vivre de jolies histoires et d'être sincère. Mais voyez vous, notre histoire était écrite dans les étoiles et je me suis cassé la gueule.

Elle est depuis 10 ans heureuse, mariée avec un garçon sans reproche, mère et probablement comblée. Ou non. Mais peu importe puisque je ne l'ai pas revu depuis si longtemps. Car seule subsiste cette infatuation à son fantôme. Ne vous méprenez pas, je réalise l'idiotie de mon penchant, mais tous les efforts pour reconstruire une autre vie ont échoués. Pas même à cause d'elle, juste à cause de moi.

Vous comprendrez que je me méfie désormais de la célébration amoureuse dans la poésie.
Et pourtant, je vais aller creuser dans ces textes, je vais plonger entre ces lignes pour y retrouver comme une incantation et prier pour la retrouver, le temps d'une minute ou d'une heure, pour lui demander qu'elle me libère enfin. Je pense avoir suffisament payé mes erreurs, certains d'entre vous peuvent témoigner que je ne suis pas un mauvais bougre.

Je n'attends d'elle que son accord pour lever le charme qui m'enchaîne car je n'y suis pas arrivé seul.

Je m'appelle Laurent Four
J'écris sous le nom d'Alankin et
je ne dois plus avoir honte de crier que
j'aime Laetitia Bénabid
et que je l'ai perdue.

Laurent

28.04.2006

TON VISAGE...

Extrait de POUR SUITES ET CHARMES SANS FIN
Chronologie des Travaux de recherche 1998

17 février 1998, 23h53.
à Laëtitia Benabid.

Ton visage comme une chanson fringante,
Un cil, deux cils, trois cils, clin d’œil
Et la vie reprend ses aises.

Ce que tu es belle lorsque je t’imagine
Sourire à l’autre bout d’un fil, deux fils,
Trois fils, même si tu ne m’écoutes pas vraiment.

Ce soir je m’en irai rêver du soupir de nos mains
Ensembles, de nos voix qui se mélangent
Et du soleil que je lirai dans tes yeux
Le soir où tu voudras bien m’épouser.

Laurent

27.04.2006

à laetitia Bénabid

Extrait de Regard Caméra
Chronologie des travaux de recherche poétique 2000

Lundi 14 février 2000. Minuit 20.
à Läetitia Bénabid

Si je nous ai menti
Si j’ai laissé parler les mauvaises langues,
Si je nous ai trahi
Si bien que je n’en n’ai rien su moi-même,

Je te demande comme une prière
De m’accorder ton pardon.

Je ne nous ai pas fait rire
Tout juste assez sourire pour un si grand amour.
Pour un amour perdu
J’en trouve dix que je laisse aux mendiants.

Un genou à terre, je dépose mon cœur
Comme une prière pour que le sol palpite
Au lieu de ma poitrine.
Mon genou au sol, puis me taire.

Laurent Alankin

18.04.2006

PAROLE D'HOMME

Murmures et Fracas (1994-1995)
Extrait du Mouvement Secondé (Poésie Urbaine)
de la Période Préliminaire (Parole d'homme)

080. PAROLE D'HOMME. II.95

Ton ventre rond
Ton ventre rond et ta main qui
N'ose pas s'éprendre
Extrémité indécise.
Adieu le bruit, les meubles déplacés
Je suis un peu de toi maintenant
N'est-ce pas.
J'aime bien le soir depuis
Que tu es là,
Je m'endors en pensant que nous deux
Nous partageons le même lit.
Ton ventre rond
Et ton nombril un peu gonflé
D'importance tout à coup.
Je suis heureux
Maintenu dans ta vie
Par un lien invisible
Que je veux protéger,
Je sais
Tu veux que je me taise
Pour l'écouter chanter.

Laurent Alankin

LE BRANCARDIER

Murmures et Fracas (1994-1995)
Extrait du Mouvement Secondé (Poésie Urbaine)
de la Période Préliminaire (Parole d'homme)

076. LE BRANCARDIER. II.95

"Je suis le brancardier d'un hôpital de fous"
Je suis sûr que vous me reconnaissez
Je suis muni d'une planche et d'un coéquipier
A la question "Cela vous atteint-il ?"
Je ne répondrai pas
Ceci est mon secret.
Je suis le brancardier d'un hôpital de fous
Je n'ouvre jamais la marche
Parce que je suis supersticieux
Tout mon travail consiste à décider
De quel côté sera le convoyé.
Dans trois cas sur quatre
Il me fait face
Et ses yeux me font mal,
C'est pourquoi quand le cas se présente
Je suis heureux de voir ses pieds
Ouvrir la marche à mon coéquipier.

Lorsque j'ai fini mon service
Je ne suis plus le brancardier
D'un hôpital de fous.

Je rends visite à ma fille qui est bien jolie
Et pendant que je la câline je regarde passer
Les brancardiers de son hôpital de fées.

Laurent Alankin

POÉSIE URBAINE

Murmures et Fracas (1994-1995)
Extrait du Mouvement Secondé (Poésie Urbaine)
de la Période Préliminaire (Parole d'homme)

075. POÉSIE URBAINE. II.95
à Marie de Closmadeuc et Guillaume de Castet.

Tout à coup
Dans la rue se soulève
Un air qui accompagne la lumière
Et prend ma main
Effleure mon visage et
Rafraîchit mes tempes
Je suis porté par un frais
Un frêle courant d'air
D'un trottoir à l'autre
D'un sourire à une mine
Et le temps ouvre mon coeur
Mon coeur troué
Qui siffle et joue enfin
Un petit air endimanché.

Laurent Alankin

CELLE QUI VA DROIT AU COEUR

Murmures et Fracas (1994-1995)
Extrait du Mouvement Secondé (Poésie Urbaine)
de la Période Préliminaire (Parole d'homme)

067. CELLE QUI VA DROIT AU COEUR. I.95
à Laetitia B.

Au bout de la chaussée
Ta silhouette se profile
Ombre passagère.

Le jour s'assomme
De ses bruits du jour
Puis fait place au soir
Amoureux du noir,

Quelques secondes
Encore et je serai à toi
Rire de ton sourire,
Prévenant et maladroit,
Tonitruant imbécile
Q'un rien démonte.

Rester immobile surtout
Pour se fondre dans le mouvement
Parasitaire qui nous sépare,
Et décaler l'instant
D'un pas ou deux,
Avant de me retrouver
Dans tes yeux pleins de surprise
Tout pleins de cet amour
Qui se dévoile enfin
Fugitif et troublant,
Avant de disparaître
Derrière le masque de la joie.

Trop-plein d'odeurs en moi
Qui se révèlent,
Rappels inattendus de paysages
De chair et de larmes
Bientôt dérobés.

Il reste sur le sol une trace
Volatile de nos pas
Emportée par nos songes
Et nos deux corps serrés
Qui se laissent deviner.

Laurent Alankin

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