07.04.2006

Mais pourquoi Alankin ?

On m'a posé si souvent la question qu'une petite explication pouvait sembler nécessaire et devenait carrément indispensable après avoir récupéré la photo ci contre.

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Sur cette photo, je suis à côté de mon voisin et ami Alexis Michelon en compagnie de son père, Alain. On doit être en 1981, peut être début 82. Comment savoir combien de temps sépare cet après midi de jeux du moment où Alain a commencé à s'inquiéter de plaques qui apparaissaient sur sa peau. Je me souviens d'un déjeuner où il nous expliquait qu'après les examens qu'il avait fait à Kinshasa, il fallait qu'il rentre à Paris pour savoir d'où cela venait. Je ne me souviens pas si nous l'avons revu après son départ. La maladie dont il était atteint n'avait pas encore de nom. On allait l'appeler Syndrome d'Imuno Déficience Acquise quelques mois où quelques années après.

J'ai perdu Alexis de vue quand il est rentré en France. Sa maman a d'ailleurs été ma marraine pour ma confirmation. Mais le souvenir de son père et de ceux qui disparurent au cours de cette période resta assez présent pour que je décide au début des années 90 à mon retour à Paris de changer mon pseudonyme d'écriture et de peinture (ALF Alias Laurent Four) pour Alan Kin, en rappel de la ville et de l'ami que nous avions perdu.
Je sais ce n'est pas bien gai mais bon voilà, c'est comme ça (sourire).

Et puis je me suis dit qu'Alan Kin ça me faisait changer de prénom et ça faisait un peu trop Stephen King, alors j'ai gardé Laurent et j'ai regroupé Alan et kin.

Un jour, un facheux rencontré dans une soirée qui toisait mon petit ruban rouge sur ma veste m'avait sorti d'un air blasé : "Alors toi aussi tu es CONTRE le Sida ?", comme si j'étais en train de dire et de montrer que j'étais contre la guerre. Je n'ai pas su lui river son petit caquet de bourgeois du 7ème et comme c'est le cas assez souvent, la réponse ne m'est venue qu'un peu plus tard : J'aurais aimé lui répondre que je n'avais pas de stèle sur laquelle me recueillir et penser à mes disparus, et que ce petit ruban était la petite croix que je portais pour me souvenir d'eux. (pas mal hein !!!!).

Voilà, vous savez pourquoi je signe Laurent Alankin, pour mes poèmes, pour mes peintures. C'est une façon de faire la différence entre le garçon que vous connaissez et celui qui écrit ou crée des choses un peu intimes. Et me rappelle qu'on doit profiter de nos proches !

Je vous embrasse.

03.04.2006

Photos de ma jeunesse

Certains d'entre vous le savent, je suis en plein déménagement. Ce week-end était consacré à l'emballage de tous les objets de l'appartement de mes parents, que j'occupais pendant leur absence. Des milliers de bibelots à sortir de caisses, à protéger par du papier de soie, à réemballer avec du journal avant de le réemballer dans des cartons. Toute la vie de brocante de mes parents en somme, ballet incessant de caisses en plastique contenant de prétendus trésors. Pour sûr, la plupart de ces pièces sont uniques et valent certainement très cher.
Mais pas autant que la caisse la plus éloignée dans la cave que j'ai découverte en fin d'après-midi.
Une caisse qui devait répondre à bien des interrogations.
Une caisse avec les photos de la fin de mon enfance et le début de mon adolescence. Pour ceux qui me connaissent en somme, un du saint graal.
Mais dans cette caisse oubliée dans cette cave, posée tout en bas de la pile alors que les coquillages et les babioles trônaient poussièreusement à 1m50 du sol, les albums de mon enfance, les photos de mariage de mes oncles et tantes, les images des voyages et les traces de notre séjour au zaïre (10 ans tout de même), ma mémoire donc, tout cela pourrissait tranquilement depuis 10 ans.
En ouvrant les albums, des pages collées par l'eau et entre les pages, des photos noircies, comme brulées par les champignons et l'humidité.
Dans cette cave, des kilos de caisses d'objets dits de valeur, tous intacts, quand mes souvenirs mourraient consciencieusement.
Elle venait donc de là cette perte d'identité, cette recherche de mon passé qui me faisait demander à ma famille où se trouvaient nos souvenirs. Ils avaient oubliés tous les deux où étaient ces images. Désinvoltes, ils ne s'alarmaient pas de ce qui se tramait sous leur pieds.
Et pendant toutes ces années, cette angoisse qui me serrait le ventre, cette nostalgie que j'essayais d'étouffer et qui m'avait poussé à retrouver en vain ces images, cette douleur, c'étaient les photos de la personne que j'étais, de mes amis, de mes premières amours, de mes rencontres, des lieux dans lesquels je me promenais, qui se décomposaient.
Je n'ai pas pleuré.
J'ai commencé de me rappeler en sauvant par ci par là quelques photos. En réalisant que je n'avais pas oublié, en me rappelant chaque visage ou situation, mesurant la perte à chaque page.

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Vous tous qui avez croisé ma vie pendant cette période, je vais tenter de vous faire renaître, de vous apercevoir derrière la crasse et l'encre répandue avant de continuer ma vie. Les négatifs délavés trôneront sans doute sur un tableau, sauvegarde inutile de mon passé.
Je suis à l'image de cette caisse, ma mémoire est incomplète, salie, perdue, mais je ne vous oublie pas.
Et chacun de vos visages me ramènent à la personne que j'étais, qui m'étais devenue presque étrangère et qui restera mystérieuse.

Laurent

28.03.2006

Dri

Dri est comédienne et chanteuse. Elle poursuit sa carrière artistique au Royaume Uni après avoir passé plusieurs années à Montréal, à l'École Nationale du Théâtre du Canada. Après notre histoire, elle est devenue mon amie, chère à mon coeur pour sa recherche spirituelle et artistique. A la relecture de ce texte, je me rends compte à quel point il faut poser sur le papier ce qui nous touche. Des années après, la trace de notre émotion est intacte, preuve éclatante que l'on a été vivant.

Extrait d'Affaires de Sens
(Chronologie des travaux de recherche poétique 2001)

Paris, 6 janvier 2001. (à une fée)
Dri

Toute la douceur de ton cou.
Pour moi tes caresses
Et le soupçon de ton souffle.
Eviter le partage des sens
Tout vivre et mordre
En perpétuel appétit.
Toute la sagesse de tes mains
Rondes silencieuses, feuilles délicates.
Pour moi le sang de ton cœur
Qui tonne et résonne sous mon oreille.
Emporter le silence
Et se saouler de bruit.
Parfumer ma peau avec la tienne
Jouir de tout cela, chaque jour, à chaque pas.

Laurent Alankin