« Page d'accueil Yahoo | Page d'accueil | Mayday-re »

17.05.2006

Petite souris - 2002

Extrait de "Sans Emploi"
Chronologie des travaux de recherche poétique 2002

Quelque part en 2002

De ma gorge les larmes
Laisser remonter
Pour ne pas suffoquer.
De mon ventre les spasmes
Garder dénoués

Ne pas tendre.

De mes cuisses le charme intact, inviolé,
Peau ferme, tout juste frôlée.
Dans ma gorge, mon ventre, mes cuisses
La promesse de toute ma vie de femme
Qu’on va déchirer pour trois billets.

Là-bas, avec ça, on s’achète une pizza.

Ici, ma vie est à ce prix.
Alors pas de remords, que des sourires
Il paraît que là-bas, les petites filles grandissent
Pour moi, les jours me rapetissent
Petite souris trop visible sous les hommes.

Ne pas rendre.

Ne plus avoir de gorge, de ventre ou de cuisse
Me sentir coupable, de les provoquer
Autrefois, je pleurais pour rien
Maintenant je pleure, pour quelque chose
Je pleure ma jeunesse coupée, mon innocence brûlée.

Quand je regarde un homme

Maintenant je sais comment lui plaire, je sais d’avance ce qui va le faire bander. Ça peut paraître cruel mais je sais ce qui va lui faire cracher ses billets. Parfois je pleure juste pour lui faire plaisir. Il ou Il ou Il quelle importance. Plus ils sont gros plus ils pensent avoir du pouvoir. Et leur sexe, petit machin si difficile à durcir, qui parle si mal à se tirer la langue, puis se retire dans les replis de sa pauvre peau blanche, de l’absence du soleil de son pays. Il doit y avoir si peu de soleil dans ces pays, et si peu d’enfants, qu’ils viennent rosir ici, partout, sauf sur le sexe. Cette pauvre petite chose molle qui va se cacher une fois son méfait accompli. Comme un serpent agressif, incontrôlable, qui cracherait son venin puis redeviendrait couleuvre, pour s’enfuir vite fait. Donne-moi de l’argent. Parle, donne-moi toutes les excuses du monde. Parle-moi d’éducation, mais donne-moi de l’argent, que j’en rigole avec mes amis, après toi. Le blanc m’a dit que je n’étais pas comme les autres boutiques mon cul, qu’il m’emmènerait bien dans son pays pour devenir un vrai papa pour moi. Mais son pays ne comprend rien à l’éducation des enfants et nous serions hors-la loi.

Moi je sais bien ce que les papas font aux vilains enfants comme moi. Ils ouvrent leur ventre pour regarder à l’intérieur. Une fois l’inspection terminée, leur petit sexe flasque retombe, sans voix.

Ici, nous sommes tous des enfants-rois, notre royaume a juste été conquis, mais partout notre couronne scintille et appelle les papas-rois. Parle, donne-moi de l’argent. C’est tellement facile de savoir ce qu’ils veulent. Pleurer, supplier, c’est faire semblant d’exister. Pas de remords, que des sourires
pour la petite souris.

Laurent Alankin